Le 24 mai 1976… Cette date ne vous dit peut-être rien mais pour le monde du vin elle est incontournable et ce jour marque bien un tournant essentiel de la viticulture au XXème siècle…

Un simple concours de vins ?

L’idée partait d’une bonne intention : le marchand de vin britannique installé à Paris Steven Spurrier, accompagné de son associée Patricia Gallagher, a eu l’idée d’organier un concours de vins. Grâce à la notoriété qu’ils ont pu acquérir avec la création de l’Académie des Vins (une école de dégustation plutôt bien fréquentée), ils ont réussi, malgré quelques réticences à rassembler neuf jurys français professionnels dans ce domaine pour comparer des vins à l’aveugle.

Le concours a été réalisé en deux tours : 10 vins blancs issus de chardonnay puis 10 vins rouges issus de cabernet sauvignon ont été dégustés et notés. Les vins devaient être évalués selon 5 critères : couleur, clarté, nez, bouche et harmonie.

Oui je sais vous vous dites « mais c’est quoi la chute ? Qu’y a-t-il d’incroyable à ce concours ? ». Et bien l’objectif de ce concours était de confirmer la grandeur et la qualité des grands crus français en les comparant aux californiens (en France of course)! Cependant, ce but n’a pas tout à fait été atteint…

Bon on ne va pas tergiverser pendant des heures, vous l’aurez compris, ce sont les vins californiens qui ont été les mieux classés et qui ont remporté ce concours (lire notre article ‘Vin médaillé, gage de sécurité?’) ! Suite à ces résultats, la surprise fut unanime, qu’il s’agisse des producteurs présents, des jurys, des organisateurs ou des amateurs.

Réactions et conséquences de ce jugement

À l’origine, ce concours ne rassemblait que très peu d’intéressés et il a même failli passer totalement inaperçu. En effet il n’y avait qu’un seul et unique journaliste présent : George McCaffrey Taber, un jeune journaliste du Times. Sans lui et donc sans « preuves » valables l’événement aurait sans doute été vite passé aux oubliettes.

Pourquoi ? À la fin du concours, les viticoles français sont soit partis la queue entre les jambes, soit été pris d’un mouvement de révolte. Ils n’avaient donc pas pour intention d’aller narrer tous les faits et les résultats à la presse française. Certains ont critiqué la manière de compter les résultats, d’autres ont accusé Steven Spurrier d’avoir carrément falsifié les résultats et d’autres encore se sont plaints et on essayé d’accuser le long, très long trajet entre la bourgogne et l’hôtel Intercontinental de Paris (c’est vrai que plus de 8800km n’auront aucun impact sur les bouteilles tandis qu’après 400km, les vins auront vu leurs caractéristiques organoleptiques fortement modifiées… ).

Enfin… Ne soyons pas mauvaise langue, aujourd’hui il est facile d’accepter le fait que certains vins étrangers sont meilleurs que des vins français mais c’est justement grâce à ce concours. En effet, il a permis l’essor de la popularité des vins californiens et à long terme, celui de tous les autres vins provenant de n’importe quel pays viticole. Par ailleurs, après cet évènement, certains vignerons français ont même décidé de changer leur manière de confectionner leurs breuvages afin de séduire davantage les consommateurs !

Le vin n’est donc pas forcément meilleur en vieillissant… des fois il a  besoin d’un petit coup de jeune pour lui redonner des couleurs !

POUR LES CURIEUX…

D’autres évènements similaires :

1986 : Les rouges les américains sont encore une fois arrivés en tête avec d’une part Clos du Val Winery 1972 et d’autre part Heitz Wine Cellar 1970.

2006 : Steven Spurrier remet le couvert mais cette fois ci avec un jury dans la Nappa Valley aux US et un autre à Londres. Les deux camps ont récompensé unanimement le cabernet sauvignon californien Ridge Vineyard Monte Bello 1971. La France entre dans le classement seulement en 6ème position après 4 autres américains (avec Château Mouton Rothschild 1970) !

Pas sur que les français persistent à participer à ce genre de concours… qui sait ? Au bout d’un moment, ils arriveront peut-être en tête ?

Le classement du jugement de Paris de 1976

Chardonnay :

1° Château Montelena 1973 (US) : 14.4/20

2° Roulot, Meursault Charmes 1973 (France) : 14.05/20
3° Chalone Vineyard 1974 (US) : 13.44/20
4° Spring Mountain Vineyards 1973 (US) : 11.55/20
5° Joseph Drouhin Le Clos des Mouches 1973 (France) : 11.22/20
6° Freemark Abbey Winery 1972 (US) : 11.11/20
7° Romanet-Prudhon 1973 (France) : 10.44/20
8° Domaine Leflaive Les Pucelles 1972 (France) : 9.88/20
9° Veedercrest Vineyards 1972 (US) : 9.77/20
10° David Bruce Winery 1973 (US) : 4.66/2

Cabernet sauvignon :

1° Stag’s Leap Wine Cellar 1973 (US) : 14,4/20

2° Château Mouton-Rothschild 1970 (France) : 14.09/20
3° Château Montrose 1970 (France) : 13.64/20
4° Château Haut-Brion 1970 (France) : 13.23/20
5° Ridge Vineyards Monte Bello 1971 (US) : 12.14/20
6° Château Léoville Las Cases 1971 (France) : 11.18/20
7° Heitz Wine Cellars Martha’s Vineyard 1970 (US) : 10.36/20
8° Clos du Val Winery 1971 (US) : 10.14/20
9° Mayacamas Vineyards 1971 (US) : 9.77/20
10° Freemark Abbey Winery 1967 (US) : 9.64/20

POUR LES (ENCORE) PLUS CURIEUX…

Le réalisateur Randal Miller s’est inspiré du Jugement de Paris pour créer le film « Bottle shock » dans lequel Chris Pine et Alan Rickman jouent des californiens quel que peu dépassés par les évènements et l’ampleur qu’a pris ce concours aux États-Unis.

La bande annonce ici :

 

 

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